A la rencontre des professionnels de santé de Saint-Aunès : Interview de Marie-Pierre Boffelli, orthophoniste à Saint-Aunès

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
C’est un métier que j’ai choisi car quand j’avais 12 ans, mon grand-père a fait un AVC. Il était espagnol et avait oublié le français, qu’il parlait pourtant parfaitement, après son AVC. C’est en travaillant auprès d’une orthophoniste qu’il avait récupéré.
J’avais trouvé cela fascinant.

Marie-Pierre Boffelli, orthophoniste


Quelle formation avez-vous suivie ?

J’ai passé un concours d’entrée après une année préparatoire, puis j’ai suivi le cursus à la Pitié Salpêtrière à Paris pendant 4 ans.


Quel a été le début de votre carrière ?
Diplôme en poche, mon objectif était de travailler en milieu hospitalier, car j’ai vraiment aimé mes stages face à des cas d’urgence, à l’hôpital de Garches. Mais le monde hospitalier offre en réalité peu de places, elles sont précaires et le plus souvent à temps partiel. De plus, la rémunération pour une orthophoniste dans le secteur public est faible. Je me suis donc orientée vers le libéral par défaut, à Gif-sur-Yvette (dans l’Essonne), en temps plein, en collaboration avec une collègue.
Mais j’ai vite étouffé en libéral exclusif et j’ai partagé mon temps avec un tiers-temps dans un hôpital privé de soins de suite et gériatrique. J’y suis restée jusqu’à la naissance de mon fils et notre expatriation en Espagne, où nous avons vécu 3 ans avant d’arriver à Montpellier.


Y a-t-il des spécialités en orthophonie ?
Pas de spécialités officielles, mais pour ma part j’affectionne et je m’occupe particulièrement de toutes les pathologies neurologiques (comme Parkinson, scléroses en plaques, Alzheimer et apparentées) et atteintes cognitives, chez les adultes.
Je m’occupe également d’enfants porteurs de sévères difficultés d’apprentissage dans le cadre d’atteintes du neuro-développement, TSA (trouble du spectre de l’autisme), TDA-H (trouble déficit de l’attention), Troubles spécifiques du langage, et diverses maladies ou handicaps
pouvant affecter les fonctions du langage et de la communication.


Travaillez-vous aujourd’hui en libéral ou en hôpital ?
Je travaille en libéral, toujours en lien avec les équipes médicales du CHU (MPEA de Saint Eloi, Peyre Plantade), les structures médico-sociales ( CAMS-P, CMPP, SESSAD) et les écoles où je vais souvent effectuer les séances pour les enfants pour qui c’est nécessaire.
Je me déplace beaucoup à domicile quand cela est justifié par la santé et la mobilité du patient.


Qu’est ce qui peut être lourd dans votre métier ?
C’est d’être un travailleur indépendant, donc parfois un peu seul !
C’est pourquoi il a été important pour moi de tisser des réseaux et de participer aux projets médicaux et éducatifs des enfants dont je m’occupe en orthophonie. Je crois beaucoup à la force d’un groupe pluridisciplinaire et aux vertus de la communication
entre professionnels pour mieux aider les personnes touchées et leur famille. Je ne parle pas de la lourdeur administrative de nos métiers qui est un boulet à nos chevilles et beaucoup de temps en plus des consultations. C’est un côté de nos métiers libéraux qui est peu évoqué pendant les études et c’est pourtant un point crucial, tout ce qui est comptable et administratif. Et on l’apprend sur le tas !


Qu’est-ce qui rend mon travail intéressant malgré ça ?
Ma vision du métier a évolué. Au début, ma pratique était essentiellement technique, à présent j’accorde une grande importance à l’aide parentale et familiale car je réponds à une grande attente des gens qui veulent être rassurés, aidés ou orientés.
J’aime cet accompagnement, car la maladie ou le handicap touche la personne concernée mais aussi tout son entourage et beaucoup d’aspects de leur vie pour lesquels des aménagements vont être nécessaires.


Quelle serait votre force ?
Ma valeur ajoutée est ce dont je parlais juste avant, l’accompagnement. Dans les études, la dimension sociale et familiale est peu abordée.
En fait l’orthophonie n’est pas seulement un diagnostic technique mais il y a aussi toute une dimension psycho-sociale et éducative dont il faut tenir compte, et même encore au-delà. J’essaie, pour chacun, de regarder avant le trouble, après et autour du trouble.
Cette vision large me permet d’ajuster mon accompagnement.


Comment vous imaginez-vous dans 10 ans ?
Je me vois bien continuer comme aujourd’hui … car j’ai collé ma pratique à tout un réseau médical et paramédical. Je voudrais travailler encore davantage en lien pour aider encore mieux et plus rapidement les familles. Je veux aussi garder du temps dédié aux bilans
d’urgence car il y a une forte demande et un grand besoin.

Que dire à des jeunes qui voudraient s’orienter vers le métier d’orthophonie ?
C’est une profession très féminine, comme beaucoup de carrières médico-sociales, et c’est dommage : on manque de messieurs ! Les garçons, lancez-vous !

Propos recueillis en décembre 2021 par Sophie Marmonier