Laurent Jaffré, professeur des écoles à Saint-Aunès durant 30 années

A la rencontre des professionnels de l’enseignement à Saint-Aunès

Son parcours

Laurent Jaffré a joui d’une enfance épanouie dans une grande cité du Val d’Oise. Cette cité se composait de 7 ou 8 immeubles et d’une grande tour encerclant une place centrale dévolue aux écoles (filles et garçons séparés). Alors qu’il se rêvait pilote de chasse avant de comprendre qu’il était pacifiste, ses professeurs du collège l’ont encouragé à devenir enseignant après avoir décelé chez lui « un contact facile avec les élèves et une capacité à apaiser les autres ». ll a donc passé le concours (alors départemental) dans les départements qui proposaient le plus de postes : « le Val d’Oise pour la famille et la Haute-Garonne et l’Hérault pour le soleil ».

Admis dans l’Hérault, Laurent Jaffré quitte le domicile familial pour entrer à l’école normale. Le niveau DEUG (Bac +2) étant requis pour enseigner, il étudie en parallèle à l’université pour obtenir un DEUG de musicologie.

L’arrivée à Saint-Aunès

A la sortie de l’école normale, il exerce un an à Pézenas, un an à Saint-André-de-Sangonis puis deux ans à Saint-Just avant d’être affecté à Saint-Aunès, il complète : « J’ai donc mis cinq ans à être titularisé sur un poste alors qu’actuellement il faut compter 10 à 15 ans ! ».

A son arrivée à Saint-Aunès, en 1991, il a enseigné en CM1-CM2 et « ça fait 30 ans que ça dure ! ». L’école d’il y a 30 ans se trouvait au même emplacement mais ne comptait que six ou sept classes, dont certaines à double niveau. « Ma première classe comptait 20 élèves et ma dernière 31. Si ça continue ainsi il y aura 42 élèves par classe dans 30 ans ! ». La dimension du groupe scolaire a donc bien changé, les nuisances aussi avec l’autoroute qui s’est approchée. Cette augmentation d’effectifs s’est accompagnée de ce qu’il ressent comme une baisse de tolérance de la société vis-à-vis des enfants un peu différents, compensée par une augmentation du recours à la médicalisation.

La première classe de Laurent Jaffré à Saint-Aunès. Une classe de CM1-CM2 pour l’année scolaire 1991-1992

L’évolution du métier

L’école élémentaire de Saint-Aunès

L’enseignement a changé au gré de la modernisation des techniques : les machines à écrire puis l’ordinateur, les différents types de projecteurs et enfin les tableaux interactifs… même si Laurent Jaffré reste « un adepte du tableau noir et de la craie ». Les cahiers et stylos sont restés et « heureusement car ce sont des outils simples mais efficaces pour lier geste et apprentissages ». En matière de disposition des tables, il a commencé avec du frontal aligné car « c’était la pratique » et finit de la même manière à cause de l’épidémie de COVID, « heureusement entre-temps, il y a eu la disposition en « U » ou par petits groupes ». Les pratiques pédagogiques se sont nettement améliorées grâce à un savant mélange entre recherche fondamentale, retours d’expériences et prise en compte des attentes des élèves ; les longs et laborieux exercices à haut niveau de concentration ont laissé la place à une diversité de pratiques. Désormais, l’enseignant est beaucoup plus sollicité car il doit jongler entre jeux de rôle, jeux de groupes, affichages, et moins de volumes écrits.

Enfin, il se souvient aussi avec nostalgie des sorties longues qui marquaient chacune de ses années scolaires : classe de neige, classe sport et science, classe musique… auxquelles il a petit à petit renoncé du fait de la complexification administrative mais aussi d’une érosion de la confiance et de la reconnaissance des parents « c’est dommage car les sites étaient supers et disposaient d’animateurs et de matériel extras ! ».

Finalement, une seule chose n’a pas changé : les enfants qui « préfèrent toujours ce qui brille ou fait du bruit et jouer entre copains ».

Quelques chiffres et anecdotes amusantes

M. Jaffré, c’est :

– 34 années de métier et donc 34 photos de classe

– 884 élèves

– 4320 allers-retours domicile-travail en vélo soit 69 120 km de vélo !

– …1 crevaison seulement !

– un cahier dans lequel il consigne les « mots d’enfants » dont voici quelques exemples : « Christophe Colomb a quitté l’Europe avec trois caramels (au lieu de caravelles) », « Godefroy de Brouillon », « la forêt de pin’s », « L’édith de Nantes », « un banana slip », « un château, des châteaux ; un gâteau, des gourmands »…

La retraite à venir

Laurent Jaffré semble toujours aussi épanoui dans son métier auquel il reconnait le grand avantage du temps libre. « Le plus beau métier du monde » lui a permis de belles rencontres avec les élèves et leurs parents, de satisfaire sa capacité de remise en question et sa grande adaptabilité. Cependant il regrette, de la part de l’Etat, un manque d’investissement dans l’éducation traduit par un manque de recrutements et un niveau de salaire peu attractif au regard du niveau élevé de diplôme requis (master désormais).

Au 1er septembre 2021, Laurent Jaffré prendra sa retraite. Sédentaire et très attaché aux liens d’amitiés, il ne s’imagine pas faire des voyages longs et lointains. Au contraire, il souhaite continuer à découvrir les régions proches : Ardèche, Haut Languedoc, …le tout agrémenté de randonnées et vélo qu’il affectionne particulièrement. Il espère continuer à avoir des nouvelles de ses élèves pour « savoir ce qu’ils sont devenus ».

Entretien réalisé par Julie Deter en Juin 2021 pour Forum Saint-Aunès.

Remerciements : Un grand merci à Laurent Jaffré pour sa disponibilité et ses photos. Photo extérieure de l’école : Benoit Gorce.

Edition : Benoit Gorce, Corinne Civade et Julie Deter