Laurette et François REBOUL, médecins généralistes de 1981 à 2020

A la rencontre des professionnels de santé à Saint-Aunès

Une carrière à deux intégralement consacrée à notre village

Pour cet entretien, Laurette et François nous accueillent avec cette chaleur qui leur colle à la peau. Nous rentrons par l’ancien cabinet médical, les vieilles habitudes ont la peau dure, et force est de constater que la vie de famille a repris ses droits sur les lieux. L’ancienne salle d’attente est envahie de jouets pour les petits enfants. Le cabinet de Laurette a été transformé en bureau, celui de François attend encore sa réhabilitation ; seule sa trompette a investi les
lieux.

Les débuts

« Tous les deux originaires de Clermont l’Hérault, nous nous connaissons depuis le lycée. Après nos études à Montpellier nous sommes partis en Coopération à Madagascar pendant deux ans et sommes revenus à trois (Emilie était en route)». Cette expérience enrichissante, ils nous la racontent avec tendresse. A leur retour en France, ils font quelques remplacements et cherchent à s’installer. Après une visite non fructueuse d’un cabinet à Laval, ils saisissent une opportunité d’installation à Saint-Aunès où la proximité de la mer est un atout pour François qui est passionné de bateau.

A l’époque (Mai 1981), Saint-Aunès n’avait rien à voir avec notre village d’aujourd’hui : 800 habitants dont un grand nombre avait son médecin dans un autre village. Pour compenser le manque de patients, François et Laurette devaient ouvrir le cabinet du lundi matin au dimanche midi. « Il a bien fallu 5 ans pour que nous puissions envisager de vivre de notre activité. De temps en temps, j’allais attraper quelques lapins dans les vignes ou le long de la voie ferrée pour pouvoir manger » nous raconte François. Ces cinq années leur ont permis de se former à l’homéopathie (Laurette) et à la médecine du sport et de la plongée (François).

Un village qui change…

François se souvient du camion du boucher le mardi et du poissonnier ambulant, pas de petit marché tel qu’il existe aujourd’hui. Au début, tout le monde se connaissait, les fêtes de la Sainte Agnès signaient les retrouvailles de tout le village et François en assurait le suivi médical à la demande de la Mairie. Cela a valu de bonnes séances de couture à François (parfois une langue, ou une morsure de chien…). « J’ai fait cela pendant 25 ans jusqu’à ce que la législation impose d’autre normes en présence de bêtes à cornes, à cause des risques. L’alcool aidant, il y avait souvent du passage tard le soir au cabinet pour en réparer les séquelles… ». Avoir sa maison et son cabinet dans un même lieu est source d’avantages mais aussi d’inconvénients.

Toutefois, Laurette n’hésite pas une seconde « Si c’était à refaire, Je re-signerais tout de suite, cela m’a vraiment permis de concilier au mieux vie professionnelle et vie familiale, et puis en cumulant les gardes de nuit et de weekend, c’est beaucoup plus simple d’être sur place ».

Quant à François, cela correspond à sa conception d’un médecin de village, « on ne savait pas répondre qu’on n’était pas là ». François nous raconte avec amusement : « Il m’est arrivé d’aller chercher un enfant blessé à l’école, de le ramener au cabinet, de le soigner et de le garder à la maison jusqu’à ce que ses parents rentrent du travail. On ne pourrait plus faire cela aujourd’hui ! ». Ensuite, le village s’est étendu, les points de rencontre conviviaux que nos ainés aimaient tant fréquenter n’étaient plus vraiment identifiables… les cafés n’ont jamais tenu très longtemps ! « Mais nos patients n’ont jamais vraiment changé, heureusement toujours plus nombreux mais également toujours majoritairement sympathiques, nous avons eu beaucoup de chance » nous confie Laurette

L’évolution du métier de médecin généraliste

Le métier en lui-même n’a pas beaucoup changé, c’est le poids des responsabilités qui a vraiment évolué. Des actes médicaux que l’on pratiquait spontanément avant sont devenus « à risque » pour un médecin aujourd’hui. Que ce soit pour assurer la surveillance médicale lors d’une fête taurine ou lors d’une régate maritime, il faut disposer d’une autorisation spéciale.

En cas d’urgence, on appelle maintenant le SAMU » rajoute François qui semble regretter un peu et y percevoir un manque de confiance dans les compétences des médecins généralistes.
« Nous avons pu observer plusieurs virages importants, comme dans les années 1990 avec la limitation des visites à domicile qui devaient être justifiées ou la suppression des gardes de nuit et de week-end avec la création du SAMU. Avant, on pouvait être de garde du samedi 14h au lundi matin ! ».

Trouver des remplaçants est aussi devenu de plus en plus difficile « notamment à cause des horaires et de la disponibilité à laquelle nos patients étaient habitués. Il nous est arrivé de laisser notre maison à notre remplaçant pour lui faciliter la vie. En général cela se passait bien, mais avec quelques surprises parfois !».
Enfin, il y a eu des évolutions matérielles comme la généralisation du matériel jetable (« Avant on stérilisait nous-mêmes notre matériel ») et bien sûr
dernièrement l’arrivée de la téléconsultation : « avec la pandémie, nous nous y sommes mis rapidement et ça a été une aide indispensable ».

De nouveaux types d’examens médicaux se sont aussi développés : « ils sont une réelle aide au diagnostic mais leur choix et priorisation n’est pas toujours comprise des patients. Les avis d’amis l’emportent parfois sur celui du médecin. Sans parler d’internet, certains patients deviennent des spécialistes vis à vis de certaines pathologies… ». Toutefois, la relation patient-médecin n’a pas particulièrement changé et « nous avons la chance d’avoir toujours eu une patientèle agréable et fidèle. »

Quelques souvenirs marquants

Ils se souviennent tous les deux de la vachette qui s’est invitée une fois dans la cour du cabinet médical, sans accident heureusement ! Plus sérieusement, François raconte que son souvenir le plus marquant est aussi le plus fatigant : « Une femme m’appelle car son mari a mal à la poitrine. Quand j’arrive, je diagnostique un infarctus et appelle le Samu. Dans la foulée, mon patient fait un arrêt cardiaque… j’ai massé pendant 20 minutes le temps que les secours
arrivent, qu’ils le choquent et que mon patient revienne immédiatement à lui avec un grand sourire : incroyable ! ». Laurette modeste, dit qu’elle ne se rappelle pas avoir fait de miracle,

« mais l’urgentiste du couple ça a toujours été François, sa présence à mes côtés m’a toujours rassurée ». La grande joie de Laurette, ce sont les bisous des enfants mais elle se régale aussi de retrouver ses anciens patients, qui bien qu’ayant grandi et quitté le village, trouvent toujours prétexte pour revenir les embrasse

La retraite, une nouvelle vie qui commence ?

Dr Laurette et Dr François REBOUL

François et Laurette Reboul sont heureux de l’ouverture du cabinet médical qui leur a enfin permis de prendre leur retraite. En effet, ils ne s’imaginaient pas « croiser des anciens patients qui n’auraient plus de médecins. Savoir que l’on peut partir avec une relève, c’est un véritable soulagement ». En plus, « On est toujours en contact et il leur arrive de nous appeler pour échanger ou pour un conseil. C’est une belle passation. C’est important de ne pas être seul, de pouvoir échanger. Nous étions tous les deux et c’était rassurant. On se complétait. »

François nous confie : « La vrai différence, c’est de ne plus avoir le poids de la responsabilité. On ne se rend pas forcément compte à quel point c’est omniprésent dans ce métier. »

Tous deux se sont mis à la musique, Laurette au piano et François à la trompette « Pour François, on commence à reconnaître les morceaux…pas encore pour moi !» nous confie Laurette en rigolant. Les longues randonnées sont maintenant plus fréquentes mais pour les voyages rêvés, il faudra encore attendre, COVID oblige.

Laurette pense avoir tourné la page mais tous deux se sont déjà inscrits pour vacciner lors des futures campagnes si on a besoin d’eux dans le contexte actuel. François souhaiterait encore intervenir de temps en temps si nécessaire, son virage est moins catégorique. Dans leurs voix, aucune trace de regret, juste la satisfaction d’avoir exercé ce métier avec cœur et passion et le bonheur de pouvoir passer maintenant à autre chose.

Entretien réalisé par Corinne Civade et Benoit Gorce en Mars 2021 – Forum Saint-Aunès.

Remerciements :

Laurette et François Reboul pour cet entretien et leur photo, Julie Deter pour la photo du cabinet.

Edition : Alain Guigard et Julie Deter
Publication : le 25 Mai 2021